Jardin d’enfance (le livre) Eugénie Eloy


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Jardin d’enfance (la présentation du livre)

Le sous-titre Citoyens dès la maternelle, marque notre option : habituer peu à peu les enfants, dès leur plus jeune âge, à participer aux décisions, à défendre leur point de vue, à organiser la vie sociale de la classe, à choisir ce qui leur plait et à assumer leur choix, à communiquer leurs émotions quelles qu’elles soient, à écouter les autres, à prendre la parole pour dire ou défendre leur point de vue, à jouir des droits et devoirs inhérents à leur vie d’enfants.

La place de l’adulte est importante. C’est lui, qui est garant de l’apprentissage de la démocratie, du respect de l’autre, du droit à l’erreur aussi bien dans les apprentissages répertoriés que dans l’apprentis- sage de la vie sociale et dans la construction, petit à petit, de la culture de paix et de la solidarité.

Dans cette organisation centrée sur la société d’en- fance, le jeu et l’expression sous toutes leurs formes sont les fondements essentiels de la construction harmonieuse des diverses personnalités.

Jeu et expression seront vécus en groupements multi-âges, hétérogènes, riches de diversités cultu- relles familiales et/ou ethniques, riches aussi de compétences variées où les modèles de références ne sont plus seulement les stades d’apprentissages programmés et l’adulte mais les chemins sinueux de l’expérimentation, avec l’adulte mais aussi les pairs.

 

« Prendre soin des générations qui viennent… »

La préface de Philippe Meirieu

L’éducation de la petite enfance fait l’objet de représentations pour le moins contrastées. D’un côté, il y a ceux et celles pour qui l’enfant est spontanément créateur, mu naturellement par le désir d’apprendre et de coopérer avec autrui, capable de s’ébattre avec joie dans les savoirs et de goûter au plaisir d’une culture désintéressée… avant que les mauvaises habitudes de l’école ne le corrompent et que la société ne le transforme en petit arriviste individualiste ! De l’autre, il y a ceux et celles pour qui l’enfant est un être « primaire », sinon « primitif », à qui il convient d’inculquer les règles sans lesquelles il demeurerait condamné à patauger dans la boue et dans l’infantile : il faut donc lui imposer des contraintes tant comportementales que linguistiques avant d’espérer la moindre expression « structurée » ; il faut « dresser le chien fou » au risque de faire de lui un perpétuel inadapté, rabâchant bêtement les stéréotypes que des médias peu scrupuleux lui imposent à longueur de journée !

Ainsi, l’éducation de la petite enfance oscille-t-elle entre, d’un côté, une contemplation béate des aptitudes qui s’éveillent et, d’un autre côté, le dressage programmatique des réflexes scolaires requis pour la réussite sociale. La première attitude entraîne d’ailleurs, inévitablement, la seconde, puisque les enfants livrés à eux-mêmes ne manquent pas de décevoir les attentes fantasmatiques des adultes sous l’œil satisfait des contempteurs de l’enfance, spécialistes du « je vous l’avais bien dit ! » et toujours prêts à justifier la reprise en mains autoritariste au prétexte de l’échec du spontanéisme…

Bien sûr, dans le concret du quotidien, nul n’agit de manière aussi caricaturale. Tous les adultes s’efforcent, plus ou moins, de combiner attention bienveillante et interpellation exigeante. Mais, le plus souvent, faute de principes structurants et clairement identifiés, c’est l’improvisation et l’empirisme qui l’emportent : on alterne épanchement et emportement au gré des circonstances, sans véritablement proposer un cadre, des ressources, des interactions, un accompagnement qui permettent d’apprendre et de grandir.

Or, voilà que c’est justement ce que nous propose Eugénie Eloy. Nourrie des propositions de l’ « Éducation nouvelle » mais aussi de la « Pédagogie institutionnelle », attentive à « l’expérience de l’enfant » mais inflexible sur « la part du maître », elle nous décrit un « jardin d’enfance » où toutes les conditions sont réunies pour que chaque enfant – et pas seulement les privilégiés ou ceux qui caracolent toujours en tête – soient de véritables acteurs et auteurs, découvreurs de savoirs et constructeurs de paix.

Ce « jardin d’enfance » fait la part belle au jeu : parce que « le jeu, c’est très sérieux » et qu’on y apprend la fécondité des règles en même temps que celle des interactions avec autrui, parce qu’on y rencontre des belles contraintes et que la créativité peut s’y déployer avec la liberté… parce qu’on peut s’y « mettre en jeu » pour, progressivement, « s’y mettre en je ». Ce « jardin d’enfance » fait la part belle à l’expérimentation : parce que c’est grâce à elle que se stabilisent les structures mentales en même temps que le monde devient saisissable par l’intelligence du sujet. Ce « jardin d’enfance » fait la part belle à l’entraide et au travail de groupe : parce que les relations entre les enfants, dès lors qu’elles sont portées par un projet commun et que l’adulte est là pour veiller à limiter les prises de pouvoir individuelles ou les régressions collectives, sont un moyen fabuleux d’activer le développement de toutes et tous. Ce « jardin d’enfance » fait la part belle à l’éducation au choix : parce qu’il n’est pas possible d’éduquer un être à la liberté sans lui offrir des possibilités différenciées, sans lui permettre de prendre des risques dans un espace sécurisé où l’on garantit son intégrité physique et psychique. Ce « jardin d’enfance » fait la part belle à la communication sous toutes ses formes : on y apprend les signes et les symboles ; on y découvre ce que parler veut dire ; on y comprend l’importance de la justesse, de la précision, de la vérité pour fonder des relations vraies entre les humains. Ce « jardin d’enfance », enfin, est un fabuleux lieu d’ « inclusion » : on y tisse du lien social en conjuguant en permanence identité et altérité, égalité et différences…

Autant dire que le « jardin d’enfance » d’Eugénie Eloy est un vrai « modèle éducatif ». Tous les enfants y deviennent « capables » d’apprendre et de grandir : non parce qu’on le décide ou qu’on s’en remet à la pensée magique ; non parce qu’on les « modèle » au gré de la volonté des adultes… Mais parce que des éducateurs prennent soin, là, des générations qui viennent. Avec compétence et générosité. Y a-t-il quelque chose de plus important ?

Philippe Meirieu

 

 

« L’Éducateur »

Revue du Syndicat des enseignants (Suisse)

Eugénie Eloy. (2014). Un jardin d’enfance d’Education nouvelle. Dépasser le spontané par le construit. Ed. Chronique sociale.

L’éducation de la petite enfance fait l’objet de représentations pour le moins contrastées. Et par conséquent de pratiques éducatives qui ne le sont pas moins. Si toutes s’efforcent de combiner bienveillance et interpellation exigeante, souvent encore, faute de principes structurants et clairement identifiés, c’est l’improvisation et l’empirisme qui l’emportent. Eugénie Eloy a cette force : expliciter clairement sa pédagogie de la Petite enfance. Ses finalités, ses théories de références émanant de l’Education nouvelle et ses pratiques provoquant « l’expérience de l’enfant », grâce à une part de l’éducatrice décisive. Elle montre comment son jardin d’enfance, jour après jour, propose, grâce à un ensemble de conditions, une transmission de savoirs incluant en permanence un apprentissage à devenir acteur d’une citoyenneté empreinte d’une culture de paix. Un jardin d’enfance dont le monde a besoin.

Etiennette Vellas
Chronique « J’éduque, donc je lis ». 24 mars 2014

 

« Traces de Changements » N˚216.

Bimensuel de la Cgé, Belgique

 

« Le plaisir est le carburant de l’action »

Il me plait de choisir cette phrase comme titre, pour présenter le livre d’Eugénie ÉLOY, parce que le plaisir à l’école, c’est un moteur trop oublié. Et aussi parce que le plaisir peut être un carburant de la lecture de ce livre !

Ce livre est un jardin. On peut y marcher de façon linéaire, mais on peut aussi aller y voir dans tel ou tel parterre : l’organisation d’une démocratie participative de 2 ans à 6 ans, le jeu, la musique, le langage, l’expérimentation, la solidarité entre enfants…

Il y pousse, dans ce jardin, toutes sortes d’herbes, fleurs, fruits… Images végétales que chacun cueillera à sa guise pour aller regarder la description d’activités propres aux petits, les anecdotes diverses avec paroles d’enfants et d’adultes, les citations introductives ou argumentatives de divers auteurs, pas seulement pédagogues et tout autres aromates à aller gouter.

Pas de recettes, mais la mise en avant d’un esprit, de conditions et de possibles, fruits de choix pédagogiques et donc politiques.

Quels sont ces choix ? Avant tout, un mode de regroupement des enfants : non pas par âge, mais en classe verticale de 2 ans et demi à 6 ans.

Les avantages de cette forme de regroupement sont décrits par l’auteur à diverses reprises, pour évoquer les apprentissages mutuels, les solidarités entre enfants ainsi moins dépendants du seul adulte, la sécurisation des petits, les possibilités des grands, les modalités d’action de l’enseignant !

Un autre « avant tout », c’est l’importance accordée au jeu, comme « véritable terrain de développement (…), propice à la croissance de l’intelligence, de l’émotivité, du sens des autres, atout pour susciter l’expression verbale et la communication. »

Tout au long du livre, évoquant divers types de jeux, l’auteur décrit les façons de « dépasser le spontané par le construit ». Ce construit concerne par exemple, le matériel prévu par l’enseignant. Diversifié, il permet le contact avec toutes sortes de matières (eau, sable, pâte à modeler, bois) ; suscite diverses mises en action selon qu’il s’agisse d’agencer des pièces de puzzles, de se déguiser, de participer à un jeu coopératif, de jouer à la marchande ou à l’infirmière. Un environnement foisonnant donc qui ne peut susciter que désir et créer du plaisir. Ce « construit » concerne aussi les décisions prises avec les enfants lors de Conseils : de jouer à ceci, de construire cela, dans tel temps, tel lieu… Et il concerne aussi toute la présence intelligente de l’adulte qui questionne, relance, propose, admire.

Musique, rythme, peinture, théâtre, poésie avec « les mots qui chantent » sont fortement présents dans ce jardin d’enfance. Et l’auteur, toujours avec enthousiasme et conviction décrit, raconte, pointe des essentiels dans ces différents domaines. L’écrit et le langage sont encore des mondes travaillés selon les mots et moments de vie et non selon des carnets préfabriqués à compléter. C’est à travers tout ce qui se trame dans la classe que les enfants approchent l’écrit, y compris via des livres mis à leur disposition en bibliothèque, mais aussi disséminés sur leurs chemins.

Dans un tel environnement, à la fois grouillant et organisé, l’auteur explique comment chaque enfant peut s’y retrouver et aussi être respecté dans ce qu’il « apporte » avec lui, de chez lui. Ce sera versé au patrimoine du jardin commun, ce sera reconnu, valorisé, distingué des apports d’autres enfants et de ceux de l’enseignant qui reste vigilant aux avancées de chacun.

Ce faisant, dit l’auteur, « Nous quittons la stricte égalité où chacun reçoit la même nourriture au même moment, pour nous orienter vers l’équité qui permet à chacun de recevoir sa nourriture selon son désir, les sollicitations de ses pairs et les interventions intelligentes de la maitresse. » Et dans ce cas, il ne s’agit plus d’« épier leurs manques et leurs défauts à corriger, de transmettre une image négative aux parents ou à la collègue qui va les recevoir l’année suivante, de les déclasser dans des filières de réadaptation, de les exclure par le redoublement… toutes ces stratégies aux effets pervers qui nuisent surtout aux enfants que l’on voudrait “sauver”, les plus fragiles. »

Noëlle De Smet, Belgique